mercredi 30 décembre 2009

Let's go exploring...



Comme je n'aurais sans doute plus le temps de vous voir avant la fin de l'an de grâce 2009, je m'en vais fêter ici et maintenant l'arrivée (étonnante) de l'année 2010. Choeurs et trompettes.

Bon, en général, tous les ans, une bonne centaine de personnes vous souhaitent une excellente année, mais la plupart du temps, c'est une année de merde. Exemple : moi.

Alors, loin de tous ces mots et ces phrases toutes faites qui n'ont plus guère de sens de nos jours, je préfère célébrer avec vous cette année 2010 (et l'année du Tigre de Métal, pour nos amis chinois), par un agréable moment de poésie et d'optimiste diablement grisant.

Tiré de la BD 'Calvin et Hobbes', oeuvre excellentissime s'il en est, de Bill Watterson, ce petit 'strip' est le tout dernier des aventures du petit Calvin et de son tigre Hobbes. Et la série de se clore, en 1995, sur cette sublime leçon d'optimisme. Pour ceux qui ne connaissent pas, il existe plus de 20 albums de 'Calvin et Hobbes' en vente dans toutes les bonnes librairies.

Pour le reste, arrêtons un peu de parler, et comme nos amis le disent, 'Let's go exploring'...



"Wow, it really snowed last night. Isn't it wondeful ?

Everything familiar has disappeard. The world looks brand-new !

A new year... A fresh, clean start !

Its like having a big white sheet of paper to draw on. A day full of possibilities !

It's a magical world, Hobbes, 'Ol Buddy...

Let's go exploring !"



( Bonne année 2010 )


Gort



Playlist : Dubmood/ Mario Airlines


P.S. : Plus grosse (et lisible) version du strip en cliquant sur le titre de cet article...

mercredi 23 décembre 2009

Joyeux Noël


Parce que c'est Noël, je me suis dit que des petits cadeaux seraient appréciés. J'en ai deux. Le premier, c'est une vérité.
Vous croyez sûrement que la couleur rouge du Père Noël vient de Coca-Cola, et notamment des publicités de 1933. Cette petite anecdote s'est propagée allègrement depuis un certain temps, et est devenu vraie aux yeux de tous (y compris moi). Mais ce n'est ni plus ni moins qu'une légende urbaine. D'ailleurs on peut admirer des centaines de représentations de Père Noël rouge bien avant 1933, et même depuis 1866 ! Vous pourrez en appréciez quelques-unes en cliquant sur le titre de cet article.
Réjouissons nous alors qu'une icône telle ne soit pas un pur produit marketing, et qu'elle garde ainsi un peu de sa magie.
Juste pour info : Le Père Noël (ou Santa Claus, ou WeinachtsMann, ...) est une déformation du Saint-Nicolas hollandais, qui lui même est une déformation d'un lutin nordique, d'un dieu celte, et sûrement aussi d'un démon québécois (joke). Bref, au final, ce personnage qui offrirait des cadeaux aux enfants viendrait de Nicolas de Myre (IVe siècle). Vous voilà renseignés.

Autre cadeau, car je me suis rendu compte qu'il redonnait le sourire et l'espoir à n'importe qui et n'importe quand, le fameux discours de Charles Chaplin à la fin du film 'Le Dictateur'. Lisez-le, vous verrez, vous vous sentirez mieux après.

"Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr.
Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail.
Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.
Vous n'êtes pas des machines !
Vous n'êtes pas des esclaves !
Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur.
Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour.
Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.
Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc "Le Royaume de Dieu est dans l'être humain", pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.
Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.
Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"




Ca fait du bien, hein ? Joyeuses fêtes.



Gort


Playlist : Glenn Miller

mardi 22 décembre 2009

II I000 I0


Bon sang. Réfléchissez-y. Dans maintenant un peu moins de 10 jours, il en sera fini des années 2000. Putain, ça file. Putain, je suis vieux.

Je me vois encore bondissant de joie devant ma télé à l'aube du second millénaire. En voyant tous les gens du monde bondir avec moi dans tous les sens, on sentait le souffle du millénaire gonfler nos ailes. Et puis c'était parti. Les années 2000 avaient entamées leur rythme de croisière, et elles ne s'arrêtaient pas pour attendre les retardataires, les nostalgiques ou les mélancoliques. Telle est la marche du temps, impassible, froide, avançant sans bruit à travers le fracas des hommes. Le temps se soucie peu du bruit des êtres, il a existait bien avant eux. Abstrait, il faisait partie d'eux avant qu'ils aient pu en esquisser les fondations.

Le temps. Vaste question. Trop souvent, on le symbolise facilement par une montre égrenant les secondes. Ou par le cours d'un fleuve, de la vie d'un homme, ou par la course du Soleil. Tout cela n'est rien, ce ne sont que des cristallisations. Des représentations. Des instants qui nous frappent, et nous font prendre conscience d'une chose abstraite qui file au-dessus de nos têtes sans qu'on puisse jamais la saisir. Car le temps est l'éternel insaisissable. Il est fluctuant, selon l'impression qu'on en a, ou qu'on en donne. Il paraît court dans les bras d'un amour, et bien long lors d'un ennui sans nom.

Regardez moi. Les 10 premières années de ma vie sont passés comme un souffle. Je n'ai rien vu, et bien qu'elles ont été primordiales, pour moi comme pour tout le monde, elles ne sont que de vagues images, d'imperceptibles sensations fortes. Elles seront toujours pour moi qu'un vague souvenir. Le temps à fait son affaire.
Les 10 années qui ont suivies sont évidemment plus proches, et pleines d'événements bien définis, que je pourrais tracer à grands traits, sans risquer trop d'erreurs. Elles sont été les années des expériences, des tentatives, des échecs, des réussites. Celles du perceptible, de la vie, enfin, après la brume de l'enfance. Elles sont ces années où l'on découvre, où on se voit grandir, où on plante les graines qui pousseront plus tard. Elles sont les années des paris, sur nous, sur la vie, sur l'avenir.

Elles sont ces années 2000. Imposantes, solennelles. Et à l'aube d'une nouvelle décennie, on se plaît à regarder en arrière. J'aime faire des bilans, à des moments clés comme ceux-ci. Ca rajoute un jalon pour nous, là où il n'y a rien. C'est important.
On regarde en arrière, et qu'est-ce qu'on peut bien voir ? L'histoire du monde ? La notre ? Les échecs ? Les réussites ? Les petites choses, ou les plus grandes ? Qu'est-ce que vous y voyez ?

Mais avant d'y aller, je garde une petite pensée pour ces années 2000. Je regarde leur dernier chapitre prendre fin, je les vois mourir, un peu triste. Elles qui ont été les compagnons de mes plus fortes années. Je les vois me laissaient continuer, alors qu'elles s'arrêtent. Elles me disent de courir, d'embrasser cette nouvelle ère pleine de promesses. Mais je ne sais pas. Je trébuche, je m'arrête, j'hésite. Et puis non.
J'ai bien envie de m'arrêter avec cette bonne vieille décennie, de profiter de ces derniers jours, pour se remémorer les bons moments, avec un peu de vin, quelques olives, quelques gressins peut-être, et deux-trois cigarettes.Le temps la brouillera bien assez vite pour qu'on l'oublie déjà.


Et dans 10 jours, alors que le monde fêtera la naissance de la nouvelle année et décennie, j'aurais une pensée pour une vieille amie qui viendra de s'éteindre.


Gort



Playlist : J.S. Bach / Piano Concerto n° 5 in F Minor

lundi 14 décembre 2009

There is no free lunch.


Le couple m'a tué. Avant j'étais un être solitaire, célibataire endurcie, habitué à ne voir qu'une paire de pupilles dans le miroir. Et ma mélancolie ambiante était le terreau fertile de mon écriture. Le couple est passé par là, et bien que j'en sois heureux, il m'a enlevé l'envie de me poser devant mon ordi le soir, pour décharger mon existence.

Je ne sais plus quel est le connard qui a dit un jour qu'on ne parvient pas à écrire quand on est heureux. Il avait bien raison. Depuis quelques temps, tout va bien dans ma vie, j'ai un nouvel appart plutôt génial, j'ai une copine, et à part quelques ennuis au boulot, rien ne m'empêche de dormir la nuit. Sans nager dans le bonheur, j'ai trouvé un semblant de quiétude. Mais bon voilà. Les jours passent, et l'envie d'écrire n'est plus là. Ou plutôt, rien ne me semble plus sujet à intérêt pour mon blog. D'ailleurs, le début de cet article a du vous sembler d'une vacuité certaine, et je vous comprends aisément.

Qu'est ce qu'on en a à carrer d'un mec à l'existence heureuse ? On s'intéresse plus aux failles, à l'indiscernable, à ce qui n'est pas acquis, et à ce qui bouscule. On s'intéresse plus au combat de gens ordinaire à l'existence bancale, et qui tente tout de même de trouver des raisons de se lever le matin, qu'à un type qui ne se bat pas pour trouver des raisons, qui nage dans l'évidence, dans la facilité. Une victime est toujours plus attirante. Mais là encore ce n'est pas aussi simple.

Evidemment, la vie est plus douce, mais elle n'en recèle pas moins quelques cahots. Rien n'arrive gratuitement dans la vie, et chaque chose donnée doit se payer en retour à un moment ou à un autre. Comme disent les économistes etatsuniens, "There is no free lunch". Pour une fois qu'ils n'ont pas tort, il est bon de le souligner.

Alors pour retrouver de cette humanité perdue lors de ma plongée dans un relatif bonheur - car il est bien question de ça, une victime, par ces failles, est attirante car elle traduit tout le déséquilibre constant de l'être humain -, je vais tenter de vous rassurer en détourant les craquelures encore saillantes de ma situation.

J'ai beau avoir un nouveau super appart, mais je risque sans doute de mourir plus rapidement d'un cancer des poumons, encouragé par la folie nicotinique de mon colocataire. Là où je n'étais qu'un fumeur modéré, je plonge petit à petit dans l'engrenage qui me fera manquer les quelques bouffées d'oxygène nécessaires à l'hiver de ma vie. C'est Lucky Strike qui doit être content.

Et puis, en couple, rien n'est jamais tout blanc. C'est d'ailleurs dans ces moments là qu'on fait les plus étonnantes - et déchirantes - découvertes sur nous mêmes. A mon âge, où les relations semblent peu importantes, je perds l'attachement que je portais à cette espèce d'union de deux âmes. Tout m'apparaît bien futile (ce qui ne fera sans doute pas plaisir à ma copine, mais elle sait combien je tiens à elle), et ma sacralisation du couple a laissé place à une intellectualisation souvent déprimante, faites de calculs, de tactiques, et d'autres petits jeux bien éloignés de la passion, ou de ce qu'on a un jour appelé innocemment "l'amour". J'aimerais pouvoir dire à mon moi de 16 ans : "Ne t'inquiètes pas, tout ce que tu vis, tout ce que tu souffres, n'aura plus aucune espèce d'importance dans 5 ans. Et tes idées de gosse se seront envolées aussi vite que les cris d'oiseaux à l'arrivée du vacarme de la vie des hommes."

Mais si j'en avais un jour l'occasion, je ne le ferais sans doute pas. Les épreuves qui font les plus mal sont celles qui forgent le mieux, et si on arrive à être celui qu'on est, c'est par la compréhension des épreuves passées. Je m'en voudrais de retirer ça à mon moi de 16 ans, et ça ne ferait que repousser l'échéance de ces douloureuses découvertes. C'est un petit con, mais il a encore beaucoup à apprendre. Laissons le grandir en paix, il ne mérite pas, comme nous tous, les lumières crues de la vérité. On aime le diffus, le mystère, la part d'inconnu, laissée dans un coin sombre de la pièce. Elle est bien plus intéressante que toutes les vérités. Et même moi, dans mon semblant de bonheur, j'aime baisser l'intensité quelques fois. Et laissé faire la magie.


J'ai finalement réussi à écrire quelque chose. Je ne suis peut-être pas aussi heureux que je pense l'être. Cool.



Gort



Playlist : Lasse Gjertsen

mercredi 9 décembre 2009

Bob l'Eponge : Du Candide aquatique à l'icône mondiale


Dans le paysage audiovisuel mondial, et en terme de séries télévisées d’animation, les années 90 ont été une époque charnière. En plus de l’arrivée des séries venues d’Asie, des grands créateurs se sont mis à la production d’animation télévisuelle, comme Steven Spielberg, et de nombreuses séries extrêmement originales ont vu le jour, notamment sur des chaines comme Cartoon Network, Warner Bros. ou Nickelodeon. Ces séries sortent des structures établies de production et proposent de nouveaux sujets qui brisent certaines barrières sociales et culturelles. Elles reflètent une ouverture dans le domaine de l’animation télévisuelle car elles touchent un nouveau public, celui des adultes. Comme les publics changeaient, les séries continuaient d’évoluer, et les publics suivaient ce que proposaient les séries. Le système était devenu un cercle productif et créatif, qui offrait à la télévision des séries magnifiques, osées et novatrices.

Un des brillants exemples de cet esprit des années 90 est la série (et le personnage) de Bob l’Eponge. Créée en 1999 par Stephen Hillenburg et diffusé par Nickelodeon, Bob l’Eponge est le parfait exemple de série animée qui touche tout les publics. Comment une série apparemment enfantine est arrivée au cours de ses 10 années d’existence à avoir dans son public plus d’un tiers d’adulte ? Pourquoi Bob l’Eponge est-il parvenue à devenir une icône populaire mondiale, et de ce fait, à transcender son statut de simple série télévisée ?

Dans la première partie de ce dossier, j’expliquerais les raisons qui ont permis à Bob l’Eponge de transcender son média d’origine pour devenir une icône populaire mondiale. Je vais notamment essayer de révéler comment cette série et ce personnage s’inscrit dans la tradition du burlesque.

Dans un second temps, je tenterais de déceler les raisons de son impact sur des publics aussi variés, et de son ‘universalité’. Je me concentrerais sur l’impact de cette série sur les différents publics, et sur ces différents niveaux de lecture.


I) Pourquoi Bob L’Eponge est-il devenu une icône mondiale ?

Bob ou le Candide aquatique.


Le personnage de Bob l’Eponge est fondamentalement absurde. C’est une éponge jaune fluo, habitant dans un Ananas au fond de L’Océan Pacifique, portant des pantalons pliables, et ayant comme animal de compagnie un escargot qui miaule répondant au nom de Gary. Il témoigne d’une volonté de s’éloigner le plus possible de la réalité, tout comme son univers. Le monde de Bob l’éponge est basé sur le non-sens, le loufoque, mais toujours rempli d’humour.

La personnalité de Bob teinte évidemment tout l’univers de la série, et son regard sur les choses en est une des composantes essentielles. S’il fallait véritablement définir Bob, il serait une sorte de Candide aquatique, avec l’espièglerie en plus. Tout comme ce personnage de Voltaire, Bob a une tendance à l’innocence et à la naïveté. Il a également une spontanéité innée, et une facilité à l’enthousiasme, ce qui peut le pousser à poursuivre des buts ou à lancer des projets désespérés sans jamais défaillir. En cela, sa véritable force, preuve de son regard innocent et naïf, est qu’il ne voit pas toutes les répercussions de ces actes, et les conséquences négatives de ce qu’il fait ne l’atteignent jamais vraiment. Il est en quelques sortes « imperméable au dramatique, au tragique » (propos de Sonja Schindowski issus de l’exposition Bob L’Eponge, comme vous ne l’avez jamais vu). Je rajouterais cependant qu’il est surtout imperméable au tragique que l’univers réel veut lui imposer. Car il peut tout de même être triste. La perte d’une capacité (cuisiner, faire ses lacets, … ) ou la perte d’un ami ou de quelque chose qui lui est cher, dans le cadre du monde tel qu’il le voit, peut l’atteindre et le mettre dans des états déplorables. Cette attention qu’il porte à des choses apparemment sans importance est l’un des nombreux décalages présent dans la série. Ceux-ci, entre la perception de Bob et la nôtre, est l’un de ses moteurs comiques principales.

En quelques sortes, Bob est un être éternellement optimiste, et la gravité des choses n’a que peu de prises sur lui. Pourtant, objectivement, sa vie n’est pas drôle : il se fait réveiller tous les jours par un réveil tonitruant, il a un voisin exécrable, il travaille dans un fast-food oùil se fait exploiter … Mais cela n’a véritablement aucun impact car il place ses désirs simples à la hauteur de son existence. Faire frire des pâtés de crabes toute la journée est alors une de ces activités favorites et, de ce fait, sa vie est merveilleuse. Bob est un être libre et heureux parce qu’il fait tout simplement ce qu’il aime, dans le petit monde qui est le sien, délivré de toutes ambitions démesurées.

La série joue d’ailleurs énormément sur le décalage entre la vision de Bob, idéalisée, irréelle, et celle de son voisin calamar, Carlo. Ce dernier a véritablement conscience de l’existence peu réjouissante qu’il vit (il travaille dans le même fast-food que Bob). Il déteste son travail, qu’il juge débile et réducteur, et ne trouve de liberté que dans l’art (que ce soit la peinture ou la musique). Carlo apparaît finalement comme le représentant de la vision ‘réaliste’ des choses, celle que nous, êtres humains, aurions dans pareille situation. Cependant, le spectateur ne s’identifie pas à Carlo, car il a à faire à un univers totalement assujetti à la vision de Bob. La vision de Carlo est ainsi en décalage permanent, et il apparaît plus comme un personnage grognon que comme un être réaliste.


Une filiation avec le burlesque.


Le succès de Bob l’Eponge peut être expliqué en partie grâce au fait qu’il a réussi à créer une réalité, la sienne, qui triomphe des coups du sort par les ressorts de sa simplicité d’esprit. Elle l’emporte par l’entrain et la vision simple et contagieuse des choses. Ce genre de phénomène se rapproche énormément de ceux qui ont trait au burlesque, et à ses plus fidèles représentants, Charles Chaplin, Buster Keaton ou Jacques Tati. Une filiation revendiquée par le créateur de Bob, Stephen Hillenburg. Et nous allons voir que les raisons du succès de Bob l’Eponge ne sont pas étrangères à ce rapprochement.

En effet, Bob l’Eponge emprunte de nombreux mécanismes à ces grands acteurs du burlesque. Chaplin se situait dans un burlesque plus poétique, tout comme Tati, alors que Keaton était dans un burlesque mécanique. Bob, à sa manière, et à travers l’animation, se fait le digne successeur de ces grands créateurs. Tout d’abord, il partage avec eux une notion abstraite du corps. Bob, sous l’effet du stress ou d’un événement malencontreux, peut se déconstruire, se défaire, assez facilement. Cette « immatérialité du corps » et cette souplesse, transcendé par les caractéristiques inhérentes à l’animation (qui n’a pas les mêmes lois physiques et spatio-temporelles que nous, de l’autre côté de l’écran), et donne à Bob des qualités d’acrobate ou de contorsionniste flagrantes. Tout comme dans le burlesque de Keaton, cette sorte de déconstruction des corps n’est en rien un drame. Il est plutôt un pont vers le rire et vers l’univers irréel de son protagoniste. Cette attitude abstraite du corps rappelle que le monde de Bob l’Eponge est basé sur des notions fluctuantes de réalité. Un monde onirique en quelque sorte…

D’autres similitudes existent entre le burlesque et Bob l’Eponge. Il est d’ailleurs amusant de remarquer que le premier épisode de la série (« Le Grand Nettoyage ») est entièrement sans parole, et il utilise seulement des onomatopées ou des sous-titres, se rapprochant ainsi d’un film muet. Loin de cet apparent clin d’œil, la nature du personnage de Bob, qui à une manière de bouger et d’évoluer très exagérée, se rapproche énormément du mime. Bob est comme tous ces acteurs du burlesque, lié au muet. Mais pour lui l’exagération des gestes et des mimiques n’a pas un but de meilleure lisibilité. Il est le vecteur de la caricature, et d’un humour qui fonctionne aussi bien sur les plus jeunes (qui voient Bob se déformer), que sur les plus grands (qui reconnaissent un stéréotype courant, une caricature).

Une autre caractéristique similaire est le bonheur constant de ces héros. Face à l’ironie de leur existence, ces trois personnages se veulent des êtres heureux et sans soucis (ou si peu). Leur optimisme semble conquérir leurs mondes respectifs, car il semble annuler le principe de réalité, en réussissant à perturber les fondements de la vie réelle et en ignorant les conséquences de leurs actes. Ils persistent constamment dans leurs actions jusqu’à ce que leurs désirs se réalisent, bouleversant alors leurs mondes. Ils arrivent à imposer pacifiquement leur désir, et le désir même, comme définition du réel, contrairement à une discipline jusqu’alors en vigueur. La filiation entre Bob et les grands humoristes que sont Chaplin, Keaton et Tati, se traduit dans « la célébration qu’ils font d’une certaine résistance émotionnelle contre les principes de disciplines (et mêmes contre les lois physiques) de la réalité et de l’ordre social. », comme le dit encore justement Sonja Schindowski.

Bob l’Eponge, et je suis profondément certain de ceci, est devenu l’icône populaire qu’il est actuellement, en partie grâce à cette filiation. Ces grands acteurs burlesques ont été en leur temps (et même encore maintenant) des icônes populaires mondiales. Tout comme Bob, ils présentaient un univers aléatoire à la dure réalité, basé sur le rêve et l’imaginaire. Ce monde que Bob offre est une échappatoire aux problèmes qu’on peut avoir dans la réalité. De plus, dans l’univers de Bob l’Eponge, cette réalité est moquée, et constamment mise en opposition avec la vision de Bob, qui emporte évidemment tous les suffrages.

II) L’universalité de Bob L’Eponge


a) Bob L’Eponge, anticonformiste inconscient

Bob L’Eponge est bien évidemment, à la base, un dessin animé de divertissement pour enfants. Et cette série possède des qualités humoristiques indéniables, basé sur les situations amusantes que vit son personnage principal, lui aussi comique. C’est ce qui explique son succès au près des plus jeunes. Mais au fil des années, le public de Bob l’Eponge a considérablement évolué, jusqu’à ce qu’un nouveau type d’audience rentre en compte dans les adorateurs de la petite éponge jaune : les adultes. Etonnement, ce public plus adulte est arrivé, année après année, à représenter plus d’un tiers des spectateurs de Bob L’Eponge. Mais pourquoi un tel phénomène s’est-il produit, spécifiquement avec cette série ?

Une partie de la réponse peut être trouvée dans la première partie de ce dossier. L’universalité de cette série tient dans son parti pris burlesque, ancré dans des situations familières de la réalité, créant un décalage. Mais hors de ces situations, qui ressemblent comme nous l’avons dit à celles de Chaplin, Keaton et Tati dans leurs films, ce qui semble plaire particulièrement au public adulte tient en une notion intrinsèque au personnage de Bob lui-même.

Vivant dans son « monde » où seul son désir semble maître, il est ainsi par nature anticonformiste. Il semble rejeter le système, en proposant un nouveau point de vue. Mais à la différence des comédiens de chair et d’os du burlesque qui eux se placent clairement en opposition au système, Bob ne choisit pas véritablement d’être pour ou contre le système (à quelques exceptions près), il ne choisit pas d’être anticonformiste, cela tient intrinsèquement à sa manière d’être. Il est un peu de cette façon un Candide rebelle et pacifique.


a) Différents niveaux de lectures


Et c’est en quoi il est un personnage attachant pour le public adulte. Il est tout comme les autres icônes populaires une réponse douce à une réalité difficile. Il vit dans une réalité (son travail, ses rapports avec son voisin, ses ennuis … ) potentiellement peu réjouissante, comme on a l’habitude d’y vivre certains jours, et qui trouve des résonnances chez ce public plus âgé. Bob est un magnifique vecteur d’identification pour ces spectateurs, car il vit une vie qui peut s’apparenter à la leur, avec des règles sociales, une hiérarchie, des problèmes d’adultes.

Là se trouve un autre des points forts du dessin animé Bob L’Eponge. Ses différents niveaux de lecture. Il y a bien évidemment la lecture qu’en font les enfants, littérale, avec les gags et le comique qui en découle. Cet aspect est souvent celui sur lequel s’arrêtent ceux qui critiquent cette série, qu’ils jugent souvent simplement « puérile ». Mais ce dessin animé peut être aussi lu au sens figuré, dans les références au quotidien réel, dans les caricatures, et évidemment dans les critiques qu’elles soulèvent. Bob L’Eponge apparaît alors plus comme le symbole d’une véritable œuvre consciente du contexte dans laquelle elle est. Elle tente de rapprocher le monde du dessin animé, de l’enfance, des véritables questions actuelles et d’aspects de la société dont il a trop souvent été éloigné.

Et c’est en cela que Bob l’Eponge est véritablement un dessin animé dans la tradition des années 90. Il est un dessin animé, certes divertissant, mais également pédagogique, ou tout du moins formateur, pour les enfants. Il n’éloigne pas le jeune public de la réalité, en en créant une totalement aseptisée comme la plupart des dessins animés, mais il la détourne, en en révélant des aspects souvent peu reluisants. Loin de divertissement pur que propose la majorité des dessins animés aujourd’hui, ce dessin animé propose différents niveaux de lecture, certes pour toucher plus de monde, mais également pour pousser les enfants à réfléchir, mine de rien, sur les aventures de leur éponge favorite. Ainsi, Bob l’Eponge permet aux enfants de peut-être mieux comprendre le monde dans lequel ils vont arriver.

Bien évidemment, je ne nie pas la nature même de cette série animée, et son impact premier sur les enfants. Bob l’Eponge possède une forme plutôt minimaliste, et des situations puériles et simples, et cela est sans aucun doute l’une des raisons essentielles de la fascination qu’ont les enfants pour les dessins animés en général. Comme le dit le théoricien de la bande-dessinée Scott McCloud dans son excellent ouvrage L’Art Invisible : « [Le graphisme simpliste] du dessin animé est un vide qui attire notre personnalité, c’est une coquille creuse que nous occupons pour pouvoir voyager dans d’autres univers ». Mais cette série, si elle n’échappe pas à ce postulat du dessin animé, a tout de même permis de le transformer en œuvre réfléchie et pertinente, devenant un symbole culturel et populaire. Une ouverture des esprits opérée par une petite éponge jaune qui a réussi à sortir le dessin animé de son carcan restrictif de production puérile.

Pour conclure, Bob l’Eponge reste un cas rare dans l’histoire de la série animée télévisuelle. Créée à l’époque d’une ouverture des dessins animés à d’autres publics (adulte et adolescent), elle est un des rares cas de série animée conçue pour les plus jeunes, et ayant également réussit à transcender en quelques sortes les contraintes de production d’une série télévisuelle pour enfants, et à devenir, grâce à ce qu’il faut d’intelligence, l’icône qu’on connaît : un héros lunaire, mais ancré dans le réel, avec comme seul arme son rire et son optimisme contre les rudes aléas de la vie. Des caractéristiques qui plaisent autant aux enfants qu’aux adultes, car chacun y trouve des résonnances à sa propre existence. Que ce soit dans les jeux entres copains, ou dans le fait de devoir se lever tout les matins pour aller au travail. Finalement, Bob représente bien la structure de la figure héroïque la plus populaire.

Il est dans la lignée de ses prédécesseurs, Chaplin et Cie, et dans l’animation, Mickey Mouse ou les héros/héroïnes de Miyazaki, eux aussi rentrés dans la mémoire collective comme des remèdes optimistes au monde contemporain. Bob peut se lire dans cette certaine idéologie du héros, qui a tendance à se répéter à travers les âges et les arts, et qu’on peut espérer voir réapparaître dans quelques temps. Néanmoins, dans notre époque où la télévision est plus un outil d’abrutissement que de réflexion, nous risquons d’attendre longtemps avant que quelqu’un prenne la relève de notre cher Bob. Mais ce n’est pas si grave. Il est tellement heureux de se lever tous les matins qu’il en reprendra bien pour 10 ans. Espérons.


Gort


Playlist : Nat King Cole

vendredi 4 décembre 2009

'La Horde' - Un film avec des vrais bouts de zombies dedans.



Petite note sur un film à venir qui devrait émoustiller tout bon fan de films de genre qui se respecte.

J'ai participé, l'année dernière en novembre, au tournage du film La Horde. Jouer un zombie, un rêve de gosse. Deux jours de tournage, ambiance au poil, sacré expérience. Manquait plus que le film pour conclure ce joli rêve de cinéma.
Un an après, le film traîne un peu en post-prod. Et après plusieurs reculs de date, La Horde est finalement annoncé pour le 10 février 2010. Histoire de ne pas se faire écraser par des grosses machines hollywoodiennes. Sage décision.


Réalisé par Yannick Dahan (ex-présentateur d'Opération Frisson) et Benjamin Rocher, cette histoire de flics devant s'allier à des dealers nigériens pour lutter contre une horde de zombie dans un HLM représente encore, malheureusement, l'une des rares incursions du cinéma français dans le film de genre. Faute d'argent et d'entrain publique, tout ce pan cinématographique semble renié de l'hexagone, alors qu'il fleurit en Espagne ou en Angleterre.
N'empêche, en s'éloignant des productions d'horreurs traumatisantes telles qu' A L'intérieur ou Martyrs, et en se tournant plutôt vers l'esthétique "comic-book", La Horde pourrait bien changer la donne dans nos contrées.
Il vise un public plus jeune (-12 ans, au lieu de -16 ans la plupart du temps), et pourrait créer la surprise, emmené par un casting des plus musclé : Jean-Pierre Martins, Eriq Ebouaney, Claude Perron, Aurélien Recoing ... Des "gueules", mais avant tout des acteurs plutôt solides, qui pourrait donner au film la résonance dramatique que le film semble rechercher.


A noter que les zombies de ce film sont plus à rapprocher d'une sous-branche du mort-vivant cinématographique : les "infestés". Créé par Danny Boyle avec 28 jours plus tard, et utilisé par la suite dans Planete Terror de Robert Rodriguez, ce style de mort-vivant à la particularité de... courir. Et vite. Ce qui promet quelques séquences bien dynamiques (notamment la scène de l'escalier ou de la voiture, auquelle j'ai participé). Pour la mise en scène, Dahan et Rocher promettent un mélange entre The Shield et Romero. L'ambition est là, et on peut s'en réjouir, car il manque cruellement en France. Mais faut-il encore que tout cela fonctionne à l'écran.

A la vue du teaser (disponible en cliquant sur le titre de cet article), La Horde semble bien tremblotant, utilisant apparemment pas mal de steady-cam. Encore faut-il la maitriser, car une réalisation incohérente sur un sujet ambitieux nous a déjà donné le piteux résultat (en terme de réalisation là encore) du Livre VI de Kaamelott. Espérons qu'ils prendront le temps de poser leur caméra de temps en temps ou qu'ils savent où ils vont. Mais ce n'est qu'un teaser, et il va falloir attendre un peu avant de se prononcer.
D'autant plus que La Horde a eu des très bon retours des divers festivals dans lequel il a été présenté (Venise, Londres, ... ). Joie.


Donc si vous voulez voir des hordes de zombies déferlées sur l'écran (et peut-être me croiser au détour d'un plan), un mélange de film d'horreur, d'actionner badass et de film policier, avec un casting de taille, La Horde est pour vous. Et puis, allez-y, car il se peut bien que ce film soit de qualité. Il ne faudrait pas louper un bon film de genre français. C'est si rare.

Réservez donc votre 10 Février 2010. En attendant, je verrais le film le 7 Janvier, lors d'une avant-première exclusivement pour ceux ayant participé au tournage, et vous pourrez profiter de ma critique dans la foulée. Donc aucun soucis, votre serviteur ne vous enverrez pas voir un mauvais film. Promis, juré.


POUR LA HORDE !!!


Gort


Playlist : Tenacious D - The Pick of Destiny

dimanche 22 novembre 2009

Petite escapade galiléenne




Je suis en pleine lecture de '2001 - 3001, les Odyssées de l'Espace' recueils des écrits d'Arthur C. Clarke, et comprenant les nouvelles '2001, l'Odyssée de l'espace', '2010 : Odyssée deux', 'Le 20 Juillet 2019', '2061, Odyssée trois' et '3001, Odyssée finale'.
Il faut savoir que Clarke a écrit '2001...' avec Kubrick, dans le but de créer l'oeuvre de science-fiction ultime, en livre puis en film. Ils ne sont pas loin d'avoir réussi. Clarke continua sa saga après la sortie du film, et sortit les autres nouvelles en 1982, 1988 et 1997. Le brave homme mourut le 19 Mars 2008, en ayant réussi à bouleverser la vision qu'on avait de la science-fiction.

Après ce petit hommage, j'en reviens à mon sujet. Je suis donc en train de lire ce roman, et je me rends juste compte à quel point j'adore l'espace. La plupart du temps, je capte pas un seul truc, mais je suis fasciné. Et j'ai pensé qu'il était temps de se tourner vers ces chères planètes inconnues. J'ai choisi Jupiter, car elle est au centre du roman, et qu'elle est aussi ma préférée dans le système solaire.

Pour info, il faut savoir qu'on pourrait allègrement casé plus de 1300 Terre dans le corps de Jupiter, et que celle-ci est quand même la plus grosse planète du système solaire. Jupiter se trouve à plus de 950 millions de kilomètres de la Terre. En comparaison, Terre-Lune, c'est 384 402 kilomètres. Ce qui en calme déjà deux ou trois. Mais bon. Même si j'adore Jupiter, ce que je préfère ce sont ses lunes, appelaient lunes galiléennes, car découvertes par Galilée en 1610. Ganymède, Callisto, Io et Europe. Des beautés. Et chacunes avec un aspect différent. En les voyants, elles me font penser à la diversité des planètes de 'Star Wars'. Petite présentation très courte.



Ganymède, plus grand satellite du système solaire (plus grand que la planète Mercure !). Cette lune est composée (en gros) de glace gelée pour la surface, de fer et d'autres composants (silicate, soufre) pour le reste. Elle possède une activité tectonique. D'ailleurs, sur le second cliché (de sa surface) on peut observer la frontière créée par un mouvement tectonique, entre 'roche vieille', couvert d'impact, et 'roche jeune'. Ce cliché prouve l'importance de ces mouvements sur Ganymède.


Callisto, est la 3e plus grande lune du système solaire, et la seconde du système jovien - de Jupiter - derrière Ganymède. C'est la plus éloignée de Jupiter, et elle est composée principalement de glace et de roche. Elle pourrait accueillir une vie extraterrestre et elle possède une très mince atmosphère.


Io, est le satellite le plus proche de Jupiter, et ce démarque par son volcanisme actif (c'est d'ailleurs l'objet le plus actif du système solaire). Son noyau est très chaud, et sa surface est constamment saturée par du soufre (d'où la couleur jaune).


Europe, plus petit des satellites galiléens de Jupiter, et le corps le plus lisse du système solaire. Elle subit également des importants mouvements tectoniques (comme toutes les lunes de Jupiter), et montre sur sa surface une croûte de glace fracturée et déformée et de nombreux impacts de métérorites. Elle est donc composée en grande partie de glace d'eau. Et c'est de loin ma préférée.

Il faut savoir qu'il y a une 5e Lune de Jupiter, moins importante (irrégulier, ce satellite ne dépasse pas le 262 km de distance) est appelée Amalthée (Jupiter V jusqu'en 1975). Vous aurez un aperçu plus complet de cette lune un peu spéciale en cliquant sur le titre de l'article.

Voilà, j'espère que ce petit voyage aux pays des astres vous a plu, et qu'il vous aura, pour un instant, prouvé que nous étions vraiment des choses insignifiantes, à l'échelle de ses gigantesques planètes.


Si avec tout ça, on est seul dans l'univers, ce serait vraiment pas de bol...


Gort


P.S. : Sachez que tous les clichés de l'espace font partis du domaine public mondial. Donc vous pouvez les utiliser à votre guise. Joie.


Playlist : Jamiroquai

vendredi 13 novembre 2009

La petite musique de nuit...


Dave Brubeck souffle sa douce litanie à travers ma chambre. Le piano lui donne la réponse, comme deux amants sur la même longueur d'onde. Pensif, j'ai envie de tirer le rideaux de ma chambre et découvrir ainsi les ombres des gens endormis. Je le fait.
Je suis déçu. Les ombres se mêlent à la nuit, elles dorment, elles en profitent, avant de redevenir des sillons humains creusés par la violence du jour. Elles auront alors perdues de leurs attraits, de leurs superbes. Elles auront perdues, pour quelques heures, ce fil d'Ariane qui nous unie dans les nuits solitaires. Il est 1h33, et j'ai froid.

Miles Davis embraille la cadence, sûr de lui. Toujours. Sacré Miles.

***

J'aime bien être comme ça, comme ce soir, incapable de dormir, sans doute à cause d'un café bu pour les yeux d'une jolie fille. Je suis un grand romantique, et les romantiques sont toujours seuls, c'est bien connu. Sinon ils perdraient leur seul raison de vivre, la recherche vaine de leur amour. Les romantiques sont ces gens qui, le soir, se racontent des histoires pour se donner du courage, et qui s'endorme avec des rêves plein la caboche. Les romantiques ne sont juste pas faits pour vivre dans la vrai vie.

***

Ces soirs là, j'aime être seul. Face à ce que je trouve le plus efficace pour traduire ce qu'il se passe à l'intérieur. Bien tapie. Vous savez, ce qu'on ne voit pas, jamais, et qu'on se contente de deviner. Personne ne découvrira ce qu'il se passe à l'intérieur, et je doute même de l'entrevoir un jour. Mais ces soirs là, quand tout le monde dort, et que le blues est la seule musique capable de cadencer le rythme des touches de mon clavier d'ordinateur, et bien c'est là que j'aime être, là que j'aime cogiter un peu.

***

J'aime la nuit. J'aime cette couverture, cette chape de plomb qui tombe sur les hommes, sans qu'ils puissent rien n'y faire. La nuit transforme tout. Elle transforme une ville bondée et invivable en ville lumière, où chacun, avec la complicité de l'obscurité, s'offre une nouvelle chance.

On devrait tous avoir une seconde chance. Histoire de pouvoir se tromper à nouveau, mais en le sachant. C'est comme quand il faut sauter du plongeoir, quand on est gosse. Au début, on a peur, on plonge, on ne sait pas ce qu'il y a au bout, on s'en doute un peu, mais au fond de nous, on a peur. Et puis une fois fait, on y retourne illico, pour revivre le frisson. Le frisson de l'inconnu. Parce que tout contrôler est bien trop triste, et que se tromper, douter, avoir peur, jusqu'à en crever, ça nous met à l'épreuve, ça nous prouve qu'on existe. Faudrait que tout le monde ait une seconde chance, juste pour exister un peu plus.


J'en ai trop dit. Je suis fatigué. Bonne nuit. Les ombres.


Gort



Playlist : Miles, Dave Brubeck / 'Round Midnight, So What, Bye Bye BlackBird, Bluette ...

samedi 7 novembre 2009

Dear Genndy, ou le plagiat pardonné.


Aujourd'hui, amusons-nous.

Mes études de cinéma, et ma personnalité, m'amènent à voir énormément de films, de séries ... De sorte que, parfois, des ponts se créent entre des oeuvres, des références apparaissent, et viennent alors enrichir ma vision. C'est plutôt une bonne chose. Néanmoins, le fait de savoir pas mal de truc dans ce secteur me fait remarquer parfois des choses qui semblent anodines à certains. Et notamment, un plagiat.

D'une part, 'I, Robot', film d'Alex Proyas, sortie en Juillet 2004, avec Will Smith. De l'autre, la série animée TV 'Star Wars : Clone Wars' (à ne pas confondre avec 'SW : The Clone Wars', en images de synthèses et sortie beaucoup plus tard) de Genndy Tartakovsky, dont l'épisode qui nous intéresse date de Mars 2005. Il faut savoir que j'aime beaucoup ces deux oeuvres, même si j'ai une préférence notable pour celle de Tartakovsky.
Donc, en regardant la série 'Clone Wars', et notamment ce dernier épisode de Mars 2005, une chose m'a frappé. Les incroyables, et dérangeantes, similitudes avec le film d'Alex Proyas. Notamment lors d'une des dernières séquences.

Dans 'I, Robot', Spoon (Will Smith) doit détruire V.I.K.I. le vilain nordinateur en lui injectant des sortes de virus au coeur de son système. Son système est représenté par une boule lumineuse bleue, située tout en bas d'un tronc métallique qui parcourt une bonne partie du batiment de la compagnie qui fabrique des robots dans le film (USR). Il faut ajouter que Spoon a un bras-robot (dû à un accident).En gros.

Dans 'Clone Wars', Anakin Skywalker a pour mission de retrouver les mâles d'une tribu sur une planète. Il s'avère que tous les hommes de ce clan ont été "drogués" et transformés en créatures difformes et violentes, notamment par la puissance d'un cristal bleu. Ce cristal se trouve dans au milieu d'une sphère bleue, qu'il créé du fait de sa puissance, tout en bas d'un tronc métallique, situé dans la base des vilains Séparatistes. Il faut ajouter que Anakin a un bras-robot (dû à un accident). En gros.

Et maintenant, amusons nous à comparer ces deux séquences qui, déjà potentiellement, ont quelques similitudes troublantes.



'I, Robot'. Will Smith n' Co découvre cette 'unité centrale maléfique'.



'Clone Wars'. Anakin découvre la même chose.



'I, Robot'. Will Smith saute dans le vide pour saisir le tube remplie de virus à injecter dans l'unité centrale.



'Clone Wars'. Anakin saute dans le vide pour atteindre l'unité centrale.


Will Smith chute dans le vide en longeant le 'corps' de l'unité centrale.



Anakin fait la même chose.



Will Smith utilise son bras-robot contre le 'corps' de l'unité centrale pour freiner sa chute.



Anakin, idem.



Smith arrive sur le toit de l'unité centrale, sorte de demi-cercle pas fini recouvrant la sphère bleue (maléfique).



Anakin, pareillement.



Enfin, Smith injecte les virus dans l'unité centrale.



Anakin utilise son bras bionique pour atteindre le cristal au centre de l'unité centrale.

Cette dernière comparaison est un peu facile, mais la dernière image de 'Clone Wars' peut être rapprochée avec une autre de 'I, Robot'. Celle où Sony, le robot allié de Will Smith, va pour chercher les virus, et doit pour cela mettre son bras métallique à l'épreuve de la barrière de sécurité (bleue) et corrosive de V.I.K.I..



Vous avouerez qu'il y a de quoi se poser quelques questions. Et logiquement, s'il fallait trouver un coupable, ce serait 'Clone Wars' étant donné sa création postérieure. Et en même temps ça me fait un peu c**** de penser que c'est Tartakovsky, le créateur génial de 'Dexter's Laboratory', 'The Powerpuff Girl', 'Clone Wars' et 'Samurai Jack' qui plagie, ou qui s'inspire outrageusement d'un film comme 'I, Robot'. J'ai beau trouvé ce dernier pas mal, il n'est pas digne d'être une référence pour les autres. Et surtout pas pour Genndy Tartakovsky.

Et comme dirait William Inge : "Une oeuvre originale, c'est du plagiat pas encore détecté."


Allez, Genndy, j'aime trop ce que tu fais. Et on va dire que pour cette fois, j'ai rien vu.


Gort


P.S. : Pour les fans de Tartakovsky, sachez que son nouveau projet animé à été annoncé cette année. Il s'agit de 'Sym-Bionic Titan'. Cliquez sur le titre pour en avoir un génial aperçu... °°Impatience°°

Playlist : Dave Brubeck Quartet / Bluette ...

mardi 3 novembre 2009

Bob. The one and only.


Parce que les prises de têtes pseudo poético-littéraires, ça va bien 2 secondes, il est temps de revenir aux bases.

Et quand je parle de base, je parle bien évidemment d'une certaine culture populaire qui nous a bercée dans notre enfance, et qui, en grandissant, aurait dû disparaître pour laisser place à une jolie condescendance envers cette période bénie. N'en déplaise aux cyniques, cette enfance est restée (on sait jamais, ça peut resservir), non seulement chez moi, mais dans la culture populaire. Et si mon enfance à de nombreux dieux, sous de nombreuses formes, il y en a un dont je veux vous parler aujourd'hui. Un immense monolithe jaune, aux souliers vernies et à la spatule vive et tranchante. Il est grand, il est beau, il est Bob. Bob l'Eponge.

Et là, normalement, une foule de jeunes bambins crient, vocifèrent, tuent, piétinent, tant Bob l'Eponge semble représenter une sorte de nouveau gourou de secte pour eux. Mais tous ce chahut semble nous faire oublier que Bob est né en 1999, qu'il a donc 10 ans (Happy Bob Day !), et qu'avant d'appartenir à cette jeune génération d'individus incapables de maîtriser leurs sphincters, il était à nous.

Respect. Mais alors là, tout de suite, vous vous dites : "Mais pourquoi il vient nous baver sur les rouleaux avec son Bob ?". Tout simplement parce qu'en notre belle capitale du royaume de France, les 10 années de Bob sont célébrées, grâce à une exposition. Joie.

Exposition que j'ai arpenté joyeusement. Et tout ça pour vous dire que Bob est l'ultime délire de la génération aujourd'hui absorbée de l'esprit 'Cartoon Network/Nickelodeon' de notre enfance. Tous les Cleo & Chico, les Ed, Edd + Eddy, les Johnny Bravo, les Animaniacs et autres séries complètement barrées qui fleurissaient à notre époque, ont aujourd'hui disparues. Et seul résiste une éponge jaune et carrée, en habit d'écolier, à l'oeil rieur, et à la démarche élancée. Il est le symbole de cette jeunesse télévisuelle perdue qui a remplie nos après-midi avec ses séries douteuses, ambiguës, osée, mais diablement tordantes et non abrutissantes.

Cette expo, outres quelques informations et analyses assez géniales, replace également Bob au sein des plus grandes peintures des plus grands peintres (Van Gogh, De Vinci, Rembrandt, ... ). Des oeuvres géniales et hilarantes à découvrir au 'Pavillon de l'eau' jusqu'au 21 Novembre (Metro Mirabeau), et qui semblent nous prouver que Bob L'Eponge est un pan de la culture populaire incontournable (à l'instar des Simpson, eux aussi jaunes...) qui, en s'imposant comme l'étendard d'un mode de pensée différent et décomplexé, est appelé à durer. Dans les esprits, et sans doute dans l'Histoire (Oh ! Quel audace !).


Je vous laisse, je vais allez acheter une bonne demi-tonne de T-shirt Bob l'Eponge.



Gort


P.S. : Je vous conseille le film 'Bob l'Eponge', tordant, émouvant, barrée. Obligatoire.



Playlist : 'A Journey With the Oud'

dimanche 1 novembre 2009

Je vis apparaître la liberté. Je me tus discrètement.


A son rythme. Ne pas se presser, au risque de tout détruire. Prendre son temps, pour écrire le plus justement possible.

J'ai dû quitté la verve littéraire de mes débuts. La DS m'a tué en quelques sortes. J'ai abandonné les bouquins pour Layton, Mario et Cie... Ridicule. Alors après des semaines de ce régime abrutissant, retour aux mots. Programme : Arthur C. Clarke, Asimov, Lovecraft...
A part cette lutte interne, entre jeux vidéo et livres, j'ai quand même vécu un paquet de trucs en deux semaines.

Déjà, j'ai découvert mon nouveau lieu préféré dans Paris. Bercy. Ca se trouve au Sud-Est de Paris, aux alentours de la Cinémathèque Française, de la Bibliothèque François Mitterrand, et du cinéma MK2.
J'y allais innocemment, pour voir je ne sais plus quel délire sur pellicule. Et à Bercy, déjà, il n'y a pas grand monde. C'est un quartier d'affaire, où les QG de grandes multi-nationales se font du coude, et où les seules badauds sont des costumes trois pièces.
Il ne faisait pas trop chaud, mais mes escapades métropolitaines m'avaient réchauffer. Un vent frais balancé de fines gouttes de pluie. Le sol était humide, et quelques flaques témoignaient de l'orage d' il y a peu. J'allais en direction du cinéma MK2 qui, je ne le savais pas alors, était plus loin que je ne le pensais. La citadelle du palais des sports de Paris-Bercy offrait une agréable nuance verte-gris dans le ciel sombre. Un peu perdu, je cherche la Seine, seul repère restait dans mon esprit, et récupérait d'une de mes anciennes escapades. Je cherche des ponts, même si à Paris, il n'y a pas que de l'eau qui passe en dessous, j'avais bon espoir.

Je force le pas, et traverse le parc de Bercy. L'espèce de sable rouge est spongieux, et mes chaussures manquent plusieurs fois de se faire engloutir. Je déteste ce sable, il me rappelle les vieux terrains de foot de mon enfance, et les brûlures, les griffures douloureuses quand on chutait. Le quidam se fait rare, à croire que le parisien n'aime pas la pluie. Des amoureux s'abritent sous un kiosque, et en profite un peu. Un vieux couple, bras dessus, bras dessous, marche lentement, le nez dans leurs manteaux. Et la Seine est là, silencieuse. Sur la passerelle Simone de Beauvoir, qui est l'un de mes ponts préférés, tout de bois vêtu, je profite de l'horizon que m'offre la Seine. Et hop. Encore un moment où j'adore Paris. Entrevoir la vie, sur les bords de Seine, perché sur un pont, au dessus de l'eau, le vent plus froid que jamais. J'ai froid, mais je m'en fous.
J'ai l'impression d'atteindre une espèce de plénitude. Ou plutôt non. J'ai l'impression de faire vraiment partie d'un ensemble. Le ciel, le vent, la passerelle, moi. C'est con à dire comme ça. Mais arrivée sur l'autre rive, devant le cinéma, entouré par les quatre tours monumentales de la Bibliothèque Mitterrand, en sentant l'air humide, ou le vent qui s'engouffre entre ces monolithes modernes, ou peut-être le bruit de mes pas maladroits sur le bois gonflé par la pluie, je sens faire partie d'un tout. Ouais, c'est con. Mais n'empêche, j'y pense.

Je vais sûrement être en retard pour le film, je vais rater le début, je déteste rater le début, le caissier va sûrement me saouler, mais je m'en fous. Et alors que je marche tranquillement, le nez au ciel, en train de regarder ces tours sombres percés les nuages de la cité, j'aperçois une chose sublime. Une nuée d'oiseaux, une masse changeante, ondulante dans l'air, gracieuse sans vouloir l'être. J'avais vu ça en rase campagne, au dessus des champs ou des forêts. Mais à Paris, territoire de l'homme moderne, jamais.


Et voir une telle liberté jaillir au sein d'un univers aussi sombre et dur, même le temps d'un instant, ça vous fait repartir pour dix ans.



Gort



Playlist : Nat King Cole - 'Unforgettable', 'Somewhere Along the Way', ...