samedi 30 janvier 2010

Ciné US : la mort des 'vrais gens' ?



En cette période du festival de Sundance, le festival du cinéma indépendant américain et international, créé en 1978 par Robert Redford, et voué à offrir à des films à petits budgets une renommée et une diffusion plus large et souvent méritée, il est bon de revenir sur ce cinéma qui n'a pas si longtemps connu un vent de renouveau, s'offrant quelques succès exceptionnels et devenant subitement populaires, traînant derrière lui toute une liste de codes et de critères différents et notables du simple cinéma hollywoodien. Ce cinéma, c'est le cinéma des vrais gens.

Rappelons néanmoins que ce n'est pas la première fois que l'esthétique du cinéma hollywoodien se fait chiper la vedette dans les salles et dans les coeurs. Directement après la Seconde Guerre Mondiale arrivèrent rapidement des cinémas plus populaires et offrant de nouveaux modèles, de nouvelles figures de proue qui portèrent rapidement toute les espérances d'une époque. Néo-réalisme, Nouvelle Vague, New Wave américaine... Des cinémas exigeants et populaires, loin d'une mise en avant de la star, et s'attardant sur ces 'vrais gens', loin de la beauté plastique, et plus faillibles et complexes que les icônes hollywoodiens d'auparavant.

Après cette première vague de ce nouveau cinéma américain à la fin des années 60, celui-ci s'est tassé finalement dans les années 80-90, et les codes hollywoodiens ont repris petit à petit leurs droits dans les salles. Mais l'arrivée des geeks dans le paysage populaire ces dernières années a de nouveau changée la donne, renvoyant ces 'vrais gens' au devant de la scène. Comme quoi, tout cela n'est qu'une question de cycles.

Porteur de cette renaissance, l'arrivée de nouveaux comiques populaires à su imposer des acteurs pas forcément très beaux et aux moeurs plus discutables. Privilégiant la junk-food, et une sociabilité douteuse, ces nouveaux modèles ont d'abord été populaires car cibles de moqueries. Mais l'attention particulière qui leur était accordée, loin du cynisme habituel, les a rendu sympathiques et les spectateurs ont rapidement vus en eux les reflets de leur propres conditions. Confrontés aux mêmes problèmes, parfois peu glorieux, et possédant les mêmes tares ou les mêmes pathologies que les gens de tous les jours, ces personnages sont rapidement devenus ces icônes de la 'vraie vie' : imparfaite, mais attachante car définitivement plus humaine que les standards hollywoodiens.


Symbole de ce virage de l'engouement populaire, le cinéaste Judd Appatow (héritier de John Hugues entre autres), qui avec des films comme 40 ans, toujours puceaux, Supergrave ou En cloque, mode d'emploi a su parler de ces 'vrais gens' (certes en les exagérant) avec tendresse et pertinence, tout en enchaînant les succès au box-office. Car finalement, dans le cinéma américain, tout se joue sur l'argent sonnant et trébuchant. Et avec des budgets minuscules (de 20 à 30M$, ce qui n'est pas grand chose dans le cinéma américain), et des recettes atteignant aisément les 200M$ de moyenne dans le monde, ces nouveaux 'vrais gens' sont vite devenus la nouvelle poule aux oeufs d'or du cinéma US.












Autre figure de ce cinéma, les films indépendants ont également trouvé leur credo. Entre un Little Miss Sunshine et une Juno, coûtant chacun moins de 10M$ pour des recettes de plus de 100M$ (voir plus de 230M$ pour Juno), ces films cheap ont su démocratiser leurs codes pour en faire une véritable marque de fabrique utilisée aujourd'hui un peu n'importe comment par les studios de cinéma pour espérer engranger le maximum de billets verts. Couleurs flashy, imaginaire débridé, poésie visuelle, et imagerie pop mis au milieu des grandes histoires des petits gens. Telle était la panoplie parfaite qui fonctionnait il y a peu.

Mais comme je le disais pour les comédies douces-amers de Judd Appatow, tous ces codes devenus subitement 'branchouilles' et rentables ont été tout aussi rapidement réutilisés par les grands studios hollywoodiens pour en faire, non plus de véritables choix esthétiques résultant d'une volonté de s'émanciper d'un modèle pré-établie désué, et ainsi de proposer une nouvelle conception du monde, et une nouvelle manière d'appréhender les personnages et les acteurs, mais tout simplement des critères de machines servant à ameuter les spectateurs. Rapidement, toute cette imagerie a été utilisé à tort et à travers, et comme tout cinéma esthétiquement subversif, il a été ingéré par la machine hollywoodienne. Les figures pertinentes sont devenus, dans les mains de réalisateurs et de scénaristes moins concernés des coquilles vides et l'esthétique indé pourtant si porteur est devenu un argument commercial, ne reflétant souvent pas grand chose de l'esprit du film.


Away We Go, Les Grands Frères, Bliss, Sunshine Cleaning, 500 jours ensemble, Funny People ... La liste est longue de ces films qui n'ont pas su allier efficacement les aspirations artistiques d'un courant cinématographique original avec les attentes populaires. Ironie de la chose, ces films profondément populistes ne sont plus populaires. La faute aux studios hollywoodiens sans doute comme je l'ai dit, mais aussi aux évolutions des attentes des spectateurs. Une nouvelle ère cinématographique semble s'ouvrir où les questionnements existentiels de personnes bien trop vraies n'intéressent plus grand monde. D'autres problèmes sont survenus, et les publics ne veulent plus voir leur vie mal en point dépeinte sur des écrans de cinéma. A la vue des grand succès de ces deux dernières années (The Dark Knight, Iron Man, Indiana Jones, Twilight, Harry Potter ou encore Avatar), les spectateurs de cette nouvelle ère ne vont visiblement plus au cinéma pour voir de vrais gens dans une vraie vie, mais pour sortir de leur vie. Raisons conjoncturelles, qui reviennent à chaque époque de crise. Pendant ces périodes délicates, le cinéma se porte le mieux du monde, et ce sont les productions les moins exigeantes et les plus facilement grands publics qui font les meilleurs scores.

Les films de 'vrais gens' se retrouvent alors relégués au fond du box-office, et arrivent difficilement à dépasser les 70M$ de recettes, à l'avantage des grandes franchises rassembleuses. Les spectateurs sont heureux (apparemment), mais le cinéma américain ne s'en sort pas forcément grandit, préférant le pré-fabriqué aux véritables originalités esthétiques et scénaristiques. Mais qu'on ne s'inquiète pas tant, comme tout ce qui est sur notre Terre, tout cela ne résulte que de cycles, et je ne serais pas étonné de retrouver d'ici peu la bonne bouille des losers attendrissants que j'ai pris tant de plaisir à voir ces dernières années. Il suffit d'être patient.



Et puis, c'est quand même bien aussi le cinéma pré-fabriqué !



Gort



Playlist : Sharon Jones and the Dap-Kings / This land is your land

jeudi 21 janvier 2010

Bifurcations Shakespeariennes


Je suis à un de ces carrefours qu'on n'osent jamais prendre.

De ceux qui décident si demain sera un lendemain, ou qu'un jour simple où l'on s'extirpe du cours dans lequel on se noie.

Pourtant, les merveilles qu'offrent chaque journée ne peuvent faire qu'exister, elles sont là, ni plus ni moins, seul revient à nous l'audace de les saisir.
Nous sommes des réceptacles, et bien que nous passons le clair de notre temps dans l'obscurité, il nous arrive dans de fugaces moments de saisir l'intensité de la vie qu'on déroule sous nos pas.

Le choix est donc à faire. Avoir la force de voir demain. Demain, demain, demain, et c'est ainsi que de jour en jour nous nous glissons vers la dernière syllabe du grand livre de notre destinée.

Le monde sera bien là demain. La grande question est de savoir si nous aurons la force de le recevoir. La grande question est de savoir si nous, nous serons là.

Et j'avoue ici mes faiblesses d'hommes, il y a des jours comme ça, où je sais bien que ce n'est pas ça. On a envie de se laisser porter, ne rien subir, ne rien vivre. Qui s'en soucierait de toutes façons ? Nous ne sommes que de la poussière qui vole, des oiseaux de passage qui ne font que brasser le vent de leurs ailes qu'ils croient implacables. Et là est notre faute. Les hommes sont des hommes, et les meilleurs l'oublient parfois.

J'en suis là à progresser sur le chemin qui est le mien, à entendre les feuilles sèches et jaunies craquaient sous mes pas, sans savoir où ces pas me mènent. Mais il faudra bien que le choix soit fait, et que la vie reprenne son ampleur, et que la flamme reprenne de sa splendeur.

Comme l'écrit Shakespeare : la vie est un théâtre, où chacun doit jouer son rôle.


Il est temps de jouer le mien. Mettons un peu de vie dans cette aventure.



Gort



Playlist : Paloma Gil - Another Fight / http://www.myspace.com/palomagil

dimanche 17 janvier 2010

Pourvu qu'on ait l'ivresse...


Ca fait longtemps que je n'ai pas véritablement parlé de moi. En réalité, je n'ai pas vraiment eu des masses de temps à accorder à ce genre de petites pages exutoires. Entre fêtes, examens et vraie vie, 'The Flag of Gort' a eu tendance à être en berne. Allez, zou, une petite bourrasque.

Ces dernières semaines ont surtout été les semaines de la non-existence. Passer des soirées à relire des cours, finir des montages urgents ou faire des recherches ne laisse pas énormément de place à l'existence. En même temps, de quoi nous plaignons nous, nous croquons bien assez de la vie pour s'en voir refuser quelques bouts sans obligatoirement maugréer.

Toujours est-il que dans cet agitation estudiantine exceptionnelle, je n'ai pas eu beaucoup le temps d'aller au cinéma. Et les films de sortir, et moi de n'en voir que de pâles aperçus sans pouvoir y plonger. Après 3 semaines cependant, j'ai enfin réussi à replonger une fois dans ces abîmes obscures, percées des clartés intermittentes de la vie.

'Le Bel Age'. Le film vaut par beaucoup sans vraiment transporter. Le plaisir de voir un vieux visage qu'on aime bien, Michel Piccoli. Et de découvrir un joli minois fort plaisant, celui de Pauline Etienne. Mais dans mon expérience, le film n'avait au final pas grand importance.

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Et rentrer à nouveau dans une salle obscure, échappant à la pluie, fut un vrai, grand plaisir, de ceux qui apparaissent trop rarement. Le seul fait de sortir pour aller au cinéma était déjà de belles retrouvailles. Voir un film sur un petit écran d'ordinateur n'est rien en comparaison à l'ambiance d'un cinéma, à ce sage protocole que quelques gens suivent au nom d'une même folie. Alors même si les seules personnes qui m'accompagnaient étaient des vieux jouant avec leur dentiers ou ronflant dans un coin, le plaisir était là.

Sentir le fauteuil rouge plié sous notre poids, posé sa veste sur le siège vide voisin comme par un rituel, et attendre les quelques minutes avant l'obscurité en triturant son ticket de cinéma. De l'encre sur les doigts. Se laisser aller au grè d'une histoire, enveloppé dans les limbes sombres d'un petit cinéma de quartier.


Une salle de cinéma est décidément un bien agréable tombeau où profiter de l'ivresse.



Gort



Playlist : Dusk Till Dawn / http://www.myspace.com/dtilld

mercredi 30 décembre 2009

Let's go exploring...



Comme je n'aurais sans doute plus le temps de vous voir avant la fin de l'an de grâce 2009, je m'en vais fêter ici et maintenant l'arrivée (étonnante) de l'année 2010. Choeurs et trompettes.

Bon, en général, tous les ans, une bonne centaine de personnes vous souhaitent une excellente année, mais la plupart du temps, c'est une année de merde. Exemple : moi.

Alors, loin de tous ces mots et ces phrases toutes faites qui n'ont plus guère de sens de nos jours, je préfère célébrer avec vous cette année 2010 (et l'année du Tigre de Métal, pour nos amis chinois), par un agréable moment de poésie et d'optimiste diablement grisant.

Tiré de la BD 'Calvin et Hobbes', oeuvre excellentissime s'il en est, de Bill Watterson, ce petit 'strip' est le tout dernier des aventures du petit Calvin et de son tigre Hobbes. Et la série de se clore, en 1995, sur cette sublime leçon d'optimisme. Pour ceux qui ne connaissent pas, il existe plus de 20 albums de 'Calvin et Hobbes' en vente dans toutes les bonnes librairies.

Pour le reste, arrêtons un peu de parler, et comme nos amis le disent, 'Let's go exploring'...



"Wow, it really snowed last night. Isn't it wondeful ?

Everything familiar has disappeard. The world looks brand-new !

A new year... A fresh, clean start !

Its like having a big white sheet of paper to draw on. A day full of possibilities !

It's a magical world, Hobbes, 'Ol Buddy...

Let's go exploring !"



( Bonne année 2010 )


Gort



Playlist : Dubmood/ Mario Airlines


P.S. : Plus grosse (et lisible) version du strip en cliquant sur le titre de cet article...

mercredi 23 décembre 2009

Joyeux Noël


Parce que c'est Noël, je me suis dit que des petits cadeaux seraient appréciés. J'en ai deux. Le premier, c'est une vérité.
Vous croyez sûrement que la couleur rouge du Père Noël vient de Coca-Cola, et notamment des publicités de 1933. Cette petite anecdote s'est propagée allègrement depuis un certain temps, et est devenu vraie aux yeux de tous (y compris moi). Mais ce n'est ni plus ni moins qu'une légende urbaine. D'ailleurs on peut admirer des centaines de représentations de Père Noël rouge bien avant 1933, et même depuis 1866 ! Vous pourrez en appréciez quelques-unes en cliquant sur le titre de cet article.
Réjouissons nous alors qu'une icône telle ne soit pas un pur produit marketing, et qu'elle garde ainsi un peu de sa magie.
Juste pour info : Le Père Noël (ou Santa Claus, ou WeinachtsMann, ...) est une déformation du Saint-Nicolas hollandais, qui lui même est une déformation d'un lutin nordique, d'un dieu celte, et sûrement aussi d'un démon québécois (joke). Bref, au final, ce personnage qui offrirait des cadeaux aux enfants viendrait de Nicolas de Myre (IVe siècle). Vous voilà renseignés.

Autre cadeau, car je me suis rendu compte qu'il redonnait le sourire et l'espoir à n'importe qui et n'importe quand, le fameux discours de Charles Chaplin à la fin du film 'Le Dictateur'. Lisez-le, vous verrez, vous vous sentirez mieux après.

"Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr.
Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail.
Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.
Vous n'êtes pas des machines !
Vous n'êtes pas des esclaves !
Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur.
Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour.
Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.
Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc "Le Royaume de Dieu est dans l'être humain", pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.
Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.
Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"




Ca fait du bien, hein ? Joyeuses fêtes.



Gort


Playlist : Glenn Miller

mardi 22 décembre 2009

II I000 I0


Bon sang. Réfléchissez-y. Dans maintenant un peu moins de 10 jours, il en sera fini des années 2000. Putain, ça file. Putain, je suis vieux.

Je me vois encore bondissant de joie devant ma télé à l'aube du second millénaire. En voyant tous les gens du monde bondir avec moi dans tous les sens, on sentait le souffle du millénaire gonfler nos ailes. Et puis c'était parti. Les années 2000 avaient entamées leur rythme de croisière, et elles ne s'arrêtaient pas pour attendre les retardataires, les nostalgiques ou les mélancoliques. Telle est la marche du temps, impassible, froide, avançant sans bruit à travers le fracas des hommes. Le temps se soucie peu du bruit des êtres, il a existait bien avant eux. Abstrait, il faisait partie d'eux avant qu'ils aient pu en esquisser les fondations.

Le temps. Vaste question. Trop souvent, on le symbolise facilement par une montre égrenant les secondes. Ou par le cours d'un fleuve, de la vie d'un homme, ou par la course du Soleil. Tout cela n'est rien, ce ne sont que des cristallisations. Des représentations. Des instants qui nous frappent, et nous font prendre conscience d'une chose abstraite qui file au-dessus de nos têtes sans qu'on puisse jamais la saisir. Car le temps est l'éternel insaisissable. Il est fluctuant, selon l'impression qu'on en a, ou qu'on en donne. Il paraît court dans les bras d'un amour, et bien long lors d'un ennui sans nom.

Regardez moi. Les 10 premières années de ma vie sont passés comme un souffle. Je n'ai rien vu, et bien qu'elles ont été primordiales, pour moi comme pour tout le monde, elles ne sont que de vagues images, d'imperceptibles sensations fortes. Elles seront toujours pour moi qu'un vague souvenir. Le temps à fait son affaire.
Les 10 années qui ont suivies sont évidemment plus proches, et pleines d'événements bien définis, que je pourrais tracer à grands traits, sans risquer trop d'erreurs. Elles sont été les années des expériences, des tentatives, des échecs, des réussites. Celles du perceptible, de la vie, enfin, après la brume de l'enfance. Elles sont ces années où l'on découvre, où on se voit grandir, où on plante les graines qui pousseront plus tard. Elles sont les années des paris, sur nous, sur la vie, sur l'avenir.

Elles sont ces années 2000. Imposantes, solennelles. Et à l'aube d'une nouvelle décennie, on se plaît à regarder en arrière. J'aime faire des bilans, à des moments clés comme ceux-ci. Ca rajoute un jalon pour nous, là où il n'y a rien. C'est important.
On regarde en arrière, et qu'est-ce qu'on peut bien voir ? L'histoire du monde ? La notre ? Les échecs ? Les réussites ? Les petites choses, ou les plus grandes ? Qu'est-ce que vous y voyez ?

Mais avant d'y aller, je garde une petite pensée pour ces années 2000. Je regarde leur dernier chapitre prendre fin, je les vois mourir, un peu triste. Elles qui ont été les compagnons de mes plus fortes années. Je les vois me laissaient continuer, alors qu'elles s'arrêtent. Elles me disent de courir, d'embrasser cette nouvelle ère pleine de promesses. Mais je ne sais pas. Je trébuche, je m'arrête, j'hésite. Et puis non.
J'ai bien envie de m'arrêter avec cette bonne vieille décennie, de profiter de ces derniers jours, pour se remémorer les bons moments, avec un peu de vin, quelques olives, quelques gressins peut-être, et deux-trois cigarettes.Le temps la brouillera bien assez vite pour qu'on l'oublie déjà.


Et dans 10 jours, alors que le monde fêtera la naissance de la nouvelle année et décennie, j'aurais une pensée pour une vieille amie qui viendra de s'éteindre.


Gort



Playlist : J.S. Bach / Piano Concerto n° 5 in F Minor

lundi 14 décembre 2009

There is no free lunch.


Le couple m'a tué. Avant j'étais un être solitaire, célibataire endurcie, habitué à ne voir qu'une paire de pupilles dans le miroir. Et ma mélancolie ambiante était le terreau fertile de mon écriture. Le couple est passé par là, et bien que j'en sois heureux, il m'a enlevé l'envie de me poser devant mon ordi le soir, pour décharger mon existence.

Je ne sais plus quel est le connard qui a dit un jour qu'on ne parvient pas à écrire quand on est heureux. Il avait bien raison. Depuis quelques temps, tout va bien dans ma vie, j'ai un nouvel appart plutôt génial, j'ai une copine, et à part quelques ennuis au boulot, rien ne m'empêche de dormir la nuit. Sans nager dans le bonheur, j'ai trouvé un semblant de quiétude. Mais bon voilà. Les jours passent, et l'envie d'écrire n'est plus là. Ou plutôt, rien ne me semble plus sujet à intérêt pour mon blog. D'ailleurs, le début de cet article a du vous sembler d'une vacuité certaine, et je vous comprends aisément.

Qu'est ce qu'on en a à carrer d'un mec à l'existence heureuse ? On s'intéresse plus aux failles, à l'indiscernable, à ce qui n'est pas acquis, et à ce qui bouscule. On s'intéresse plus au combat de gens ordinaire à l'existence bancale, et qui tente tout de même de trouver des raisons de se lever le matin, qu'à un type qui ne se bat pas pour trouver des raisons, qui nage dans l'évidence, dans la facilité. Une victime est toujours plus attirante. Mais là encore ce n'est pas aussi simple.

Evidemment, la vie est plus douce, mais elle n'en recèle pas moins quelques cahots. Rien n'arrive gratuitement dans la vie, et chaque chose donnée doit se payer en retour à un moment ou à un autre. Comme disent les économistes etatsuniens, "There is no free lunch". Pour une fois qu'ils n'ont pas tort, il est bon de le souligner.

Alors pour retrouver de cette humanité perdue lors de ma plongée dans un relatif bonheur - car il est bien question de ça, une victime, par ces failles, est attirante car elle traduit tout le déséquilibre constant de l'être humain -, je vais tenter de vous rassurer en détourant les craquelures encore saillantes de ma situation.

J'ai beau avoir un nouveau super appart, mais je risque sans doute de mourir plus rapidement d'un cancer des poumons, encouragé par la folie nicotinique de mon colocataire. Là où je n'étais qu'un fumeur modéré, je plonge petit à petit dans l'engrenage qui me fera manquer les quelques bouffées d'oxygène nécessaires à l'hiver de ma vie. C'est Lucky Strike qui doit être content.

Et puis, en couple, rien n'est jamais tout blanc. C'est d'ailleurs dans ces moments là qu'on fait les plus étonnantes - et déchirantes - découvertes sur nous mêmes. A mon âge, où les relations semblent peu importantes, je perds l'attachement que je portais à cette espèce d'union de deux âmes. Tout m'apparaît bien futile (ce qui ne fera sans doute pas plaisir à ma copine, mais elle sait combien je tiens à elle), et ma sacralisation du couple a laissé place à une intellectualisation souvent déprimante, faites de calculs, de tactiques, et d'autres petits jeux bien éloignés de la passion, ou de ce qu'on a un jour appelé innocemment "l'amour". J'aimerais pouvoir dire à mon moi de 16 ans : "Ne t'inquiètes pas, tout ce que tu vis, tout ce que tu souffres, n'aura plus aucune espèce d'importance dans 5 ans. Et tes idées de gosse se seront envolées aussi vite que les cris d'oiseaux à l'arrivée du vacarme de la vie des hommes."

Mais si j'en avais un jour l'occasion, je ne le ferais sans doute pas. Les épreuves qui font les plus mal sont celles qui forgent le mieux, et si on arrive à être celui qu'on est, c'est par la compréhension des épreuves passées. Je m'en voudrais de retirer ça à mon moi de 16 ans, et ça ne ferait que repousser l'échéance de ces douloureuses découvertes. C'est un petit con, mais il a encore beaucoup à apprendre. Laissons le grandir en paix, il ne mérite pas, comme nous tous, les lumières crues de la vérité. On aime le diffus, le mystère, la part d'inconnu, laissée dans un coin sombre de la pièce. Elle est bien plus intéressante que toutes les vérités. Et même moi, dans mon semblant de bonheur, j'aime baisser l'intensité quelques fois. Et laissé faire la magie.


J'ai finalement réussi à écrire quelque chose. Je ne suis peut-être pas aussi heureux que je pense l'être. Cool.



Gort



Playlist : Lasse Gjertsen